Le principe d'une heure par mètre carré
Le modèle suisse vient du mouvement allemand Wohnen für Hilfe, lui-même inspiré d'expériences américaines des années 1970. L'étudiant ne verse pas de loyer : il rend chaque mois autant d'heures d'aide que sa chambre compte de mètres carrés, et règle en général sa part des charges.
Pour une chambre de 12 à 16 mètres carrés, cela représente environ trois à quatre heures par semaine selon Pro Senectute Zurich. Les tâches possibles : courses, jardin, aide numérique, petites réparations, compagnie lors d'une sortie culturelle. Les soins et l'aide infirmière restent exclus.
Genève : le programme universitaire 1h par m²
Lancé en 2016 par l'Université de Genève, 1h par m² fonctionne avec Pro Senectute Genève, les Rentes genevoises et la Fondation BNP Paribas Suisse. En mai 2024, l'université annonçait plus de 330 personnes en formation logées par 214 hôtes depuis le lancement.
Pourquoi Genève a-t-il misé sur ce dispositif ?
L'université part d'un constat chiffré : environ 35 % des logements du canton seraient sous-occupés, alors que les étudiants peinent à trouver une chambre. Une campagne d'affichage dans les transports publics genevois et les bureaux de poste a cherché de nouveaux hôtes entre fin mai et début juin 2024.
Une reconnaissance cantonale
Le programme a reçu en 2019 le Prix Jeunesse du Parlement des jeunes genevois. Le site seniors de l'État de Genève le cite parmi les solutions qui permettent de rester plus longtemps à domicile, aux côtés des immeubles avec encadrement pour personnes âgées et des foyers de jour.
Zurich et la Suisse alémanique
À Zurich, Wohnen für Hilfe est géré par Pro Senectute Kanton Zürich depuis son centre de services de la ville. Selon une interview diffusée par la radio SRF en septembre 2025, une trentaine de partenariats existent dans le canton, accompagnés par une travailleuse sociale depuis neuf ans.
Combien de temps durent les binômes zurichois ?
Souvent environ une année, mais certains étudiants restent pendant tout leur bachelor, voire quatre ou cinq ans. Le programme s'adresse à des seniors et à des étudiants de Suisse ou de l'Union européenne ; la haute école ZHAW le relaie sur sa page consacrée au logement étudiant.
Le canton finance-t-il le projet ?
Non. Un rapport du gouvernement bâlois publié en août 2026 indique que le canton de Zurich ne verse aucune contribution et que l'intérêt reste faible en ville comme dans le canton. Pro Senectute assume donc la mise en relation et le suivi sur ses propres ressources.
Des expériences arrêtées ailleurs
Le même rapport dresse un bilan sévère : Berne a cessé fin 2019 malgré un bureau de coordination municipal, Saint-Gall a mis fin à benewohnen fin 2024, Fribourg a abandonné faute d'intérêt. À Bâle, deux tentatives successives, en 2016 puis en 2020, n'ont pas trouvé assez d'hôtes.
Le choix bâlois de 2026
Une motion déposée au Grand Conseil de Bâle-Ville demandait un programme subventionné ; elle a été transmise au gouvernement le 19 décembre 2024. Le 11 août 2026, l'exécutif a refusé un nouveau projet pilote, jugeant la mise en relation par un tiers trop coûteuse en temps.
Une piste alternative à suivre
Bâle préfère observer le Socin-Haus du Bürgerspital, ouvert au printemps 2026 sous le nom Wohnen mit Service. Ce bâtiment réunit des logements pour seniors, pour personnes en situation de handicap et des studios d'étudiants, ces derniers assumant certaines tâches d'accompagnement en échange de leur logement.
Ce que cela dit du marché suisse
Le logement intergénérationnel reste une niche en Suisse : quelques centaines de binômes à Genève en huit ans, une trentaine à Zurich. Les responsables eux-mêmes admettent qu'il ne résoudra ni la pénurie de logements ni l'isolement, mais qu'il apporte une réponse ciblée.
À qui ce modèle convient-il ?
Il convient à un senior autonome, propriétaire ou locataire d'un logement spacieux et bien desservi, qui apprécie la compagnie et accepte de partager cuisine et salle de bain. Côté jeune, il vise des étudiants ou apprentis à budget serré, prêts à tenir un agenda d'heures.
Ce que coûte réellement l'arrangement
Le tableau ci-dessous compare les deux programmes encore actifs selon les informations publiées par leurs promoteurs. Les montants de charges ne sont pas fixés au niveau national : ils se négocient dans la convention écrite et doivent y figurer noir sur blanc.
| Critère | 1h par m² (Genève) | Wohnen für Hilfe (Zurich) |
|---|---|---|
| Organisateur | Université de Genève avec Pro Senectute Genève | Pro Senectute Kanton Zürich |
| Contrepartie | une heure de service par mètre carré | une heure par mois et par mètre carré, plus les charges |
| Durée habituelle | un semestre ou une année, renouvelable | environ un an, parfois tout le bachelor |
| Volume publié | 330 personnes logées, 214 hôtes (2024) | environ 30 partenariats (2025) |
| Exclusions | soins médicaux | soins et prestations infirmières |
Faut-il l'accord du bailleur ?
Oui, si le senior est locataire. Le Code des obligations soumet la sous-location au consentement du bailleur, qui ne peut le refuser que pour des motifs précis. Mieux vaut demander cet accord par écrit avant de publier une annonce ou de rencontrer un candidat.
Et la fiscalité ?
Les règles varient selon les cantons. Lorsque l'étudiant ne verse pas d'argent, la question d'un éventuel revenu en nature ou d'une déduction des charges doit être posée à l'administration fiscale cantonale ; aucun barème national propre à ces échanges n'a été publié.
Les démarches pas à pas
Le parcours varie légèrement entre Genève et Zurich, mais suit la même logique d'accompagnement par un organisme tiers qui sélectionne, présente et suit les binômes.
- Mesurer la chambre et estimer le nombre d'heures mensuelles qui en découle.
- Contacter le programme du canton : l'université à Genève, Pro Senectute à Zurich.
- Recevoir la visite d'un conseiller qui vérifie l'équipement et les attentes.
- Rencontrer un ou plusieurs candidats présentés par l'organisme.
- Rédiger la convention : tâches, horaires, charges, durée, règles de vie.
- Obtenir l'accord écrit du bailleur et informer l'assurance ménage.
- Faire un point régulier avec l'organisme et renouveler ou clore à l'échéance.
Les pièges les plus fréquents
Les échecs relevés par les cantons tiennent rarement aux personnes : ils viennent surtout d'attentes floues sur les heures et d'un manque d'hôtes. Quelques erreurs reviennent dans les témoignages recueillis à Genève et Zurich.
- Compter les heures au jugé au lieu de tenir un relevé simple chaque mois.
- Glisser vers des soins corporels, que les deux programmes excluent explicitement.
- Oublier de répartir les charges, source de tensions dès la première facture.
- Chercher un programme à Berne, Fribourg ou Saint-Gall alors qu'ils ont cessé.
- Négliger l'accessibilité en transports publics, critère décisif pour l'étudiant.
Questions fréquentes sur la colocation entre générations en Suisse
Ces réponses s'appuient sur les informations publiées par les programmes et par les autorités cantonales jusqu'à l'automne 2026. Elles donnent des repères généraux et ne remplacent pas un échange direct avec l'organisme qui accompagne le binôme.
Un apprenti peut-il en bénéficier ?
À Genève, le programme parle de personnes en formation, ce qui inclut d'autres profils que les seuls universitaires. La motion bâloise visait aussi les jeunes apprentis à faible revenu. À Zurich, la communication cible d'abord les étudiants des hautes écoles.
Existe-t-il une plateforme nationale ?
Non. Aucun programme fédéral n'existe et chaque projet dépend d'une université, d'une fondation ou d'une section cantonale de Pro Senectute. Hors Genève et Zurich, il faut se tourner vers les services logement des hautes écoles ou les annonces privées.
Un senior en Valais ou au Tessin peut-il participer ?
Aucun programme actif n'y a été recensé dans les sources consultées. Un arrangement privé reste possible, à condition de rédiger soi-même une convention claire. Les sections cantonales de Pro Senectute peuvent conseiller sur le maintien à domicile, même sans service de mise en relation.
Combien d'heures pour une grande chambre ?
Une chambre de 20 mètres carrés équivaut à vingt heures d'aide par mois, soit environ cinq heures par semaine. Au-delà, l'arrangement devient difficile à concilier avec des études à plein temps : les organismes recommandent des pièces de taille moyenne.
Organismes et ressources utiles
- Université de Genève, programme 1h par m² — Service logement de l'université qui met en relation étudiants et hôtes genevois, avec Pro Senectute Genève et les Rentes genevoises.
- UNIGE, bilan du programme publié en 2024 — Article de l'université donnant les chiffres du programme genevois et annonçant son extension à toutes les communes du canton.
- Pro Senectute Kanton Zürich, Wohnen für Hilfe — Dépliant de l'organisation zurichoise d'aide aux aînés qui organise les binômes selon la règle d'une heure par mètre carré.
- ZHAW, logement étudiant — Haute école zurichoise qui oriente ses étudiants vers Wohnen für Hilfe et d'autres solutions de logement.
Références officielles et légales
- Rapport du Conseil d'État de Bâle-Ville sur Wohnen für Hilfe (août 2026) — Réponse gouvernementale qui dresse le bilan des programmes suisses et refuse un nouveau projet pilote à Bâle.
- Motion au Grand Conseil de Bâle-Ville, Wohnen für Hilfe — Texte parlementaire décrivant le modèle d'une heure par mètre carré et les cantons où il a été proposé.
- État de Genève, logement adapté pour les seniors — Page officielle qui présente 1h par m², les immeubles avec encadrement et les autres solutions de maintien à domicile.
