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La cohabitation intergénérationnelle au Québec : modèles et règles

Au Québec, la cohabitation intergénérationnelle recouvre deux réalités : un étudiant qui loue une chambre chez une personne aînée, et un jeune logé gratuitement dans une résidence privée pour aînés en échange de bénévolat. Les deux relèvent de règles différentes.

La cohabitation intergénérationnelle au Québec : modèles et règles

Deux façons de vivre sous le même toit

La première formule, la colocation chez l'habitant, ressemble aux binômes européens : l'aîné reste chez lui et loue une chambre à un étudiant. La seconde, propre au contexte québécois, installe des étudiants dans une résidence privée pour aînés, où ils animent la vie collective plutôt que de payer un loyer.

Le Québec a aussi popularisé l'expression habitat kangourou, devenue courante jusqu'en Belgique, et une longue tradition de logements bigénérationnels : un parent âgé vit dans un logement annexé à la maison d'un enfant. Ce dernier cas relève de la famille et du zonage municipal plutôt que du jumelage.

Combo2Générations et la colocation à Montréal

À Montréal, l'organisme Combo2Générations jumelle des étudiants avec des aînés qui disposent d'une chambre. Dans ce modèle, présenté par Noovo Info en novembre 2022, l'étudiant paie un loyer. Le reportage rappelait qu'environ un tiers des Montréalais de 65 ans et plus vivent seuls.

Que mesurent les chercheurs ?

Le Centre collégial d'expertise en gérontologie, dirigé par Nathalie Mercier, étudie ces initiatives et suivait trois résidences de la province. Les travaux portent sur la solitude, l'inflation qui pèse sur les étudiants et les préjugés liés à l'âge, que la vie quotidienne partagée aide à défaire.

Une demande réelle chez les retraités

En août 2023, l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic a publié un sondage mené auprès d'environ 5 000 membres. Près de la moitié des répondants de 55 ans et plus souhaitaient une plateforme web de jumelage, et environ 90 % vivaient dans une maison ou leur propre appartement.

Les étudiants logés en résidence pour aînés

Plusieurs RPA accueillent un ou deux étudiants. À Québec, les Jardins Saint-Sacrement ont hébergé deux étudiantes de l'Université Laval. Le Groupe Libertia a ouvert la formule dans trois résidences : Marie-Rose à L'Épiphanie, La Belle Époque à La Prairie et Les Jardins Latourelle à Louiseville.

Combien coûte la chambre en RPA ?

Rien en argent. Selon un reportage de juillet 2023, les étudiants reçoivent logement, repas et internet sans fil en échange d'une dizaine d'heures de bénévolat par semaine : soupers avec les résidents, activités, sorties. Ils ne remplacent ni le personnel soignant ni l'entretien de la résidence.

Le programme Échanges entre générations

Depuis 2018, le Secrétariat à la jeunesse finance ces projets. Le guide 2026-2027 prévoit jusqu'à 30 000 dollars pour accueillir un étudiant et 50 000 dollars pour deux, pendant 9 à 12 mois. Les jeunes de 15 à 35 ans offrent environ 35 heures de bénévolat par mois.

Quels organismes peuvent déposer un projet ?

Les organismes à but non lucratif, les coopératives et les RPA certifiées par le ministère de la Santé et des Services sociaux, immatriculés au Québec depuis au moins un an. La subvention couvre jusqu'à 80 % des dépenses admissibles pour un OBNL et 60 % pour une RPA privée.

Le cadre légal de la location d'une chambre

Le Code civil du Québec encadre le bail de logement, mais l'article 1892 exclut des règles particulières la chambre louée dans le logement même du locateur, lorsque deux chambres au plus y sont offertes et qu'elle n'a ni sortie extérieure distincte ni installations sanitaires indépendantes.

Ce que cette exception change

Dans ce cas, plusieurs protections propres au bail résidentiel, comme le droit au maintien dans les lieux ou la fixation du loyer par le Tribunal administratif du logement, ne s'appliquent pas de la même façon. Le contrat reste toutefois un louage régi par les règles générales du Code civil.

Et l'aîné locataire ?

Un aîné qui loue lui-même son appartement doit vérifier son bail : la sous-location d'une partie du logement exige d'aviser le propriétaire, qui ne peut refuser sans motif sérieux. En cas de désaccord, le Tribunal administratif du logement tranche, ce qui prend du temps.

Les obligations fiscales

Le loyer d'une chambre constitue en principe un revenu de location à déclarer, tant à Revenu Québec qu'à l'Agence du revenu du Canada, avec déduction possible d'une part des dépenses. L'aîné doit aussi prévenir son assureur habitation de la présence d'un occupant non apparenté.

Comparer les formules québécoises

Le choix dépend surtout du lieu de vie de l'aîné. Le tableau suivant reprend les caractéristiques publiées pour chaque modèle, sans prétendre couvrir tous les arrangements privés conclus directement entre familles et étudiants dans la province.

CritèreChambre chez un aînéÉtudiant en RPALogement bigénérationnel
ExempleCombo2Générations, MontréalJardins Saint-Sacrement, Groupe Libertiamaison avec logement annexé
Contrepartieloyer convenuenviron 35 heures de bénévolat par moisloyer ou entente familiale
Financement publicaucun programme dédié identifiéjusqu'à 30 000 ou 50 000 dollars par projetaucun relevé dans l'étude de 2004
Règle cléarticle 1892 du Code civilentente avec la résidencezonage municipal

À qui s'adresse chaque option ?

La chambre chez l'habitant convient à un aîné autonome, propriétaire, qui veut garder sa maison. La RPA vise des étudiants de niveau professionnel, collégial ou universitaire prêts à s'impliquer. Le bigénérationnel concerne surtout des familles, souvent au bénéfice des femmes selon les recherches.

Jumeler un aîné et un étudiant en sept étapes

Pour la colocation chez l'habitant, la démarche suit une progression prudente, de la vérification du logement jusqu'au suivi pendant l'année scolaire. Ces étapes s'inspirent des pratiques des organismes de jumelage.

  1. Vérifier que la chambre respecte les conditions de l'article 1892 ou prévoir un bail complet.
  2. Contacter un organisme de jumelage ou le service de logement du cégep ou de l'université.
  3. Rencontrer le candidat, idéalement en présence d'un intervenant.
  4. Rédiger une entente écrite : loyer, durée, pièces partagées, visites, services éventuels.
  5. Aviser l'assureur et, pour un aîné locataire, le propriétaire.
  6. Prévoir l'inventaire de la chambre et le dépôt éventuel.
  7. Faire un bilan après un mois puis à la fin de la session.
Les écueils fréquents

Plusieurs difficultés reviennent dans les témoignages et les analyses publiés au Québec. Les connaître évite qu'une bonne entente ne se transforme en litige au Tribunal administratif du logement.

  • Croire que toutes les protections du bail résidentiel s'appliquent à une chambre chez l'habitant.
  • Oublier de déclarer le revenu de location aux deux paliers de gouvernement.
  • Confier à l'étudiant des soins ou une surveillance qui relèvent du réseau de la santé.
  • Bâtir un logement annexé sans vérifier le règlement de zonage de la municipalité.
  • Laisser les heures de bénévolat en RPA sans horaire défini.

Questions fréquentes sur la colocation intergénérationnelle au Québec

Ces réponses reflètent les programmes et documents publiés jusqu'à l'automne 2026. Les montants et les dates d'appels de projets changent chaque année : il faut toujours consulter la version la plus récente du guide du Secrétariat à la jeunesse.

Un étudiant étranger peut-il participer ?

Pour une chambre chez l'habitant, rien ne l'en empêche. Pour les projets subventionnés, le guide 2025-2026 parlait d'au moins un étudiant québécois de niveau professionnel, collégial ou universitaire ; il faut vérifier la définition retenue par la résidence avant de postuler.

Quand déposer une demande de subvention ?

Les dates varient : l'appel 2025-2026 était ouvert du 15 septembre au 13 octobre 2025, celui de 2026-2027 du 6 juillet au 31 août 2026. Les dossiers passent par la plateforme en ligne du gouvernement et les ententes sont signées avant le 31 mars.

L'étudiant en RPA est-il un employé ?

Non. Le programme interdit de financer un salaire ou les services de base de la résidence, comme les soins, la cuisine ou le ménage. L'étudiant reste un bénévole hébergé, encadré par un membre de la direction qui définit ses tâches et son horaire.

Existe-t-il une plateforme provinciale de jumelage ?

Pas à ce jour. L'AQRP en réclamait une en 2023 pour que les aînés vivant chez eux puissent participer sans déménager. En attendant, les jumelages reposent sur des organismes locaux, les services de logement des établissements d'enseignement et les initiatives des résidences.

Organismes et ressources utiles

Références officielles et légales